Les malentendus dans le recrutement IT – Hors série sur le vibe coding
Confused

Entre recruteurs et pros de la tech, il y a souvent des malentendus et des incompréhensions, même quand on croit parler le même langage. Et la plupart du temps, cela vient d’idées reçues et de croyances, parfois difficiles à déconstruire.

Avec cette nouvelle série d’articles, je veux revenir sur tous ces « petits trucs » qui compliquent le dialogue entre le monde du recrutement et celui de la tech.

Mon objectif : vous aider à mieux vous comprendre pour travailler plus facilement ensemble.

Pour ça, je vais décortiquer les malentendus et idées reçues que je vois le plus souvent. Et surtout vous donner des pistes pour y remédier.


Pour l’édition de cette semaine, j’ai choisi de donner la parole à une personne que j’apprécie sur LinkedIn. Vous l’avez certainement croisé sur le réseau grâce à ces commentaires souvent très drôles et parfois piquants. Il s’agit de Mehdi Hannaizi. Mehdi est consultant et formateur en cybersécurité et intelligence artificielle. Je lui ai laissé carte blanche pour aborder le sujet de son choix. Il a décidé de parler de vibe coding.

Mehdi n’a pas repris la structure habituelle des articles précédents. Mais il vous explique ce qu’est le vibe coding et ce qu’il n’est pas. Pour le moment, il est encore trop tôt pour vraiment savoir comment y faire face. Dans la conclusion, il vous donne malgré tout des conseils pour faire « au mieux ».

Mehdi, c’est à toi !

Introduction

Entre autres révolutions permises par l’IA générative et qui vont (grand-)remplacer un énième corps de métier, arrêtons-nous aujourd’hui sur le vibe coding. Le seul intitulé permet de mesurer combien le ver est dans le fruit : la dernière personne à avoir embrassé la vibe était Diam’s il y a un peu plus de 20 ans, dans « DJ ». Et, déjà à l’époque, on essayait de l’empêcher de la kiffer avec son mec. Qui a dit « visionnaire » ?


Pour celles et ceux qui auraient raté les pelletées de posts / articles sur le sujet, l’idée derrière le vibe coding est de faire coder l’IA en discutant avec. On lui dit quoi faire, elle code à notre place, on teste ce qu’elle a fait, on lui fait des retours, elle code à notre place, etc. jusqu’à ce que ça fonctionne ou jusqu’à ce qu’on envoie tout voler après la 34ème hallucination de suite.

Malentendu n°1 : pas besoin de compétence technique pour faire du vibe coding

Malentendu #1 : pas besoin de compétence technique pour faire du vibe coding


Puisque c’est l’IA qui travaille et qu’on se contente de vérifier en jouant les utilisateurs finaux, on pourrait raisonnablement croire que c’est accessible à tout le monde. Y compris à celles et ceux qui n’ont pas lu l’excellent guide « Culture Tech » de la propriétaire de ces colonnes (honte sur vous, filez rattraper cet oubli, puis revenez ici). C’est vrai, mais uniquement pour qui se dit que la course à pied est accessible à quiconque possède des pieds : vous pourrez mettre un pied devant l’autre, mais jamais rattraper Usain Bolt qui part en sprint ou distancer l’URSSAF qui vous poursuit.


L’IA générative ne raisonne pas. Elle délivre mot par mot celui qui a la plus grande probabilité d’être celui attendu en fonction des mots précédemment délivrés et de ceux du prompt. C’est une machine qui excelle dans l’art de repérer les structures du langage, ce qui lui permet de faire merveilleusement illusion. La qualité du résultat dépend donc énormément de la qualité du prompt. « Réalise un site Web basé sur le framework Symfony avec les contrôleurs X, Y et Z, le moteur de template A, l’arborescence que voici avec les URL réécrites que voilà, etc. » produira toujours un meilleur résultat que « fais-moi un site lol ». Ce qui implique une compétence d’analyste, de technicien et une certaine expérience.


D’autant que, même en étant parfaitement précis, il n’est pas rare (pour ne pas dire de plus en plus fréquent sur les modèles récents) que l’IA hallucine. Dépendances inexistantes, modules imaginaires et paramètres inventés font partie du quotidien du vibe coding.

Malentendu n°2 : on peut délivrer des projets complets entièrement en vibe code

Malentendu n°2 : on peut délivrer des projets complets entièrement en vibe code


Techniquement, c’est possible. De la même façon qu’il est possible d’aller péter dans le dessert de son voisin au restaurant : ce n’est pas illégal, ça fonctionne mais le résultat donnera des haut-le-cœur à quiconque sait de quoi il est question.


Laisser l’IA coder sans aucun contrôle a un coût : la dette technique. L’idée, c’est que le temps qu’on gagne en faisant le choix de la rapidité au détriment de la qualité crée une dette qui doit être payée plus tard, lorsqu’il faut maintenir le projet ou rajouter des fonctionnalités. La base de code sera devenue si mauvaise que chaque modification, même minime, sera un cauchemar.
Un peu comme si vous mettiez du scotch pour faire tenir ensemble les tuyaux d’eau de votre maison, parce que c’est beaucoup plus rapide et moins cher que de faire venir un plombier avec sa torche à souder. Et parce que, de toute façon, les plombiers sont les descendants des alchimistes, leurs factures prouvant qu’ils ont percé le secret pour changer le plomb en or. Ça fonctionnera à peu près pendant un temps, mais ça finira par vous coûter une cloison neuve parce qu’elle a pris l’eau, et ajouter le moindre robinet fera s’écrouler toute la structure.


Comme dans tout état soigneusement gouverné, non seulement la dette n’est quasiment jamais remboursée mais elle tend à s’accroître, jusqu’à ce que plus personne ne puisse / ne veuille travailler sur le projet et qu’il doive être entièrement réécrit. En attendant l’inévitable effondrement, vous verrez les bugs s’empiler et les équipes se démotiver.


Laisser l’IA coder sans aucun contrôle a un autre coût : celui de la sécurité.

En mai 2025, sur 1645 applications créées via Lovable, une des principales plate-formes de vibe coding, 170 (soit un peu plus d’une sur 10) étaient des passoi… présentaient des failles de sécurité permettant à n’importe qui d’accéder à des données personnelles. Et c’est assez logique : savoir écrire du code n’implique pas de savoir écrire du code sécurisé, c’est une compétence complémentaire.


Andrej Karpathy, cofondateur d’OpenAI et créateur du concept de vibe coding, l’a initialement prévu pour du prototypage et pour « les projets jetables du week-end », trouvant cette façon de coder « assez divertissante ». Linus Torvalds, le génial créateur du noyau Linux (entre autres technologies incontournables), le considère comme un point d’entrée intéressant à l’informatique et comme un outil sympathique pour les petits projets et les prototypes, mais « horrible d’un point de vue maintenance » pour du code critique / en production.
Difficile de les contredire…

Malentendu n°3 : le vibe coding n’apporte rien, voire ralentit une équipe compétente

Malentendu n°3 : le vibe coding n’apporte rien, voire ralentit une équipe compétente


Si vous êtes arrivés jusqu’ici, vous devriez avoir commencé à préparer une note pour exiger que votre entreprise enterre le vibe coding aussi profondément que Kev Adams a enterré l’humour. Mais ce serait m’avoir lu trop vite. le vibe coding est une catastrophe lorsqu’on est imprécis, lorsque l’IA est laissée sans contrôle et pour du code critique. Mais, entre des mains expertes, il devient un outil puissant, source de gain de temps.


Car là est la clé pour appréhender convenablement le vibe coding : il ne faut pas le voir comme une solution miracle qui fera tout par elle-même, mais comme un outil de plus pour booster la productivité des développeurs.


Comment être certain(e) de ne pas tomber dans les dérives que j’ai énoncées ? Avec cette simple question : mon équipe serait-elle capable d’y arriver à l’ancienne, sans IA ? Si oui, vous pouvez introduire du vibe coding (ou constater que votre équipe l’a déjà fait par elle-même).
Quand l’IA (Claude) porte un nom de banquier avec mocassins à glands et pull en cachemire jeté sur les épaules, il ne faut pas s’étonner qu’elle ne prête qu’aux riches.


Pour être tout à fait juste, voyez plutôt l’IA comme un stagiaire qui a ingurgité la documentation d’à peu près toutes les technologies existantes. Il fera convenablement ce que vous lui direz de faire à condition d’avoir correctement prémâché le travail et d’être sur son dos pour l’empêcher de faire des âneries. Le laisser en roue libre est comme voir un bébé près d’une prise électrique et lui donner une fourchette : ça peut bien se finir mais il y a une bonne probabilité que ça sente le roussi à la fin. Ce sera quoi qu’il arrive aussi divertissant que l’énonçait Karpathy.

Conclusion


En fin de compte, le vibe coding n’est ni la baguette magique promise par les techno-prophètes de bazar, ni la catastrophe biblique que certains annoncent déjà en agitant leur PowerPoint comme un crucifix. C’est un outil, certes puissant mais capricieux, qui, entre de mauvaises mains, peut transformer n’importe quel projet en Jenga tremblotant, et entre de bonnes en accélérateur puissant.


L’erreur serait de lui demander ce qu’il ne peut pas donner : du jugement, du recul, de la rigueur. Mais l’erreur serait tout autant de le balayer d’un revers de manche parce que « l’IA hallucine » ou « l’IA ne réfléchit pas ». Spoiler : elle ne réfléchira jamais (en tout cas pas l’IA telle qu’elle existe), et c’est très bien ainsi, ça nous laisse une vague utilité.


Donc oui, laissez l’IA vibe-coder vos prototypes du week-end, vos POCs, vos petites features sans enjeu vital. Oui, laissez vos équipes expérimentées s’en servir pour gagner du temps sur les tâches ingrates. Et non, n’espérez pas livrer un système critique en la laissant pédaler seule dans la choucroute avec un sourire béat.

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