En formation, je suis la première à recommander aux personnes que je forme de faire de la veille pour rester à jour.
Mais dans les faits, ce n’est pas si simple. Parce que des contenus, il y en a partout: articles, newsletters, podcasts, vidéos, posts sur les réseaux sociaux etc. On peut très vite se sentir complètement noyé et parfois abandonner.
Dans mon métier, faire de la veille, c’est vital. J’interviens sur 2 sujets (la tech et le recrutement/ les RH) sur lesquels il faut que je sois toujours « au courant ». Comme ce sont 2 sujets « larges » et qui évoluent rapidement, il y a énormément de contenus en ligne. Et avec l’utilisation massive de l’IA, les contenus se multiplient à l’infini…
J’ai toujours fait de la veille, y compris lorsque j’étais salariée, mais l’année dernière, j’ai ressenti une forme de lassitude. Pendant plusieurs mois, j’ai eu l’impression d’être submergée, de ne pas réussir à suivre toute l’actualité et de passer à côté des infos essentielles. J’en faisais quand j’avais le temps. Ou quand une personne me sollicitait sur un sujet précis.
Alors en début d’année, j’ai cherché comment mieux gérer tout ça, pour arrêter de subir. Ce n’est pas parfait, mais je me sens beaucoup moins dépassée et la veille est redevenue un moment de plaisir pour moi.
J’ai pensé que ça pourrait vous intéresser de voir ce que j’ai mis en place et que vous pourriez tester de votre côté. Comme c’est mon « système » personnel, il n’est pas universel. Prenez ce qui vous inspire et vous correspond 😉.
1/ Bloquer un créneau dédié
Ça a l’air tout bête, mais c’est le point le plus important. Sinon, on fait sa veille au fil de l’eau, quand on a le temps, quand on y pense, quand on a l’énergie…Et par expérience, je sais que le risque c’est de ne plus faire de veille du tout. Surtout quand on doit en plus gérer tous les imprévus, pros et persos.
Quand je parle de bloquer un créneau, l’idée est vraiment de l’inscrire dans votre agenda. Comme n’importe quelle autre tâche: le sourcing, un entretien, une réunion etc. Il faut que ce soit un moment vraiment dédié à la veille.
Autre point important: bien choisir le créneau.
Je l’ai dit, je faisais déjà de la veille quand j’étais salariée: 1h tous les vendredis après-midi, considéré comme du temps de travail (il a fallu argumenter un peu avec mon manager de l’époque, mais il a compris l’intérêt assez rapidement). Le vendredi après-midi étant, en général, un moment plus calme, je pouvais passer en revue l’actualité de la semaine.
Maintenant que je suis à mon compte (depuis presque 6 ans déjà!), j’ai 2 créneaux fixes pour ma veille : le lundi matin et le vendredi après-midi. Ça me permet de bien démarrer et terminer la semaine. Et je profite souvent de mes séances de sport pour écouter un podcast ou regarder une vidéo.
2/ Choisir ses sources principales
Comme les contenus sont très nombreux, c’est très tentant de s’abonner à toutes les newsletters ou de vouloir écouter tous les podcasts qui sortent. Mais c’est le meilleur moyen de vous épuiser et de « diluer » votre attention. Plus vous multipliez les sources et plus vous vous disperser, même avec la meilleure volonté du monde.
Alors de mon côté, j’ai listé mes ressources « fiables », celles dans lesquelles j’apprends toujours quelque chose. Mes incontournables en quelques sortes.
Ma liste d’incontournables, ça donnerait ça:
- Le podcast Tronche de tech, animé par Mathieu Sanchez – 1 épisode tous les 15 jours
- Le Journal du Net – un récap par semaine par mail
- Nouveaux prismes, le podcast d’Alexandra Amda – 1 épisode chaque mercredi
- La newsletter de Laurent Brouat – chaque jeudi matin
- L’article qui s’écoute de Taleez, présenté par Anaïs Le Digarcher – 1 fois par mois
- Le podcast Tam Tam animé par Léo Bernard – 1 épisode tous les 15 jours
J’ai aussi listé les personnes dont je veux voir les contenus sur LinkedIn. Je me suis abonnée à leur profil (avec la double cloche) pour recevoir une notification à chaque fois qu’ils postent. Il y en a une trentaine, répartis entre contenus RH et contenus techs.
En gros, ça c’est ma base, celle qui fait partie de ma routine. Je fais confiance à ces créateurs de contenus, à la manière dont ils abordent les sujets et/ou aux intervenants qu’ils choisissent pour partager leurs conseils. Ça ne veut pas dire que je ne regarde ou lis que ça, mais je sais déjà qu’avec ces ressources-là, je ne perdrai pas mon temps.
Ensuite, 2 ou 3 fois par mois, je vais chercher d’autres contenus en fonction de mes besoins.
Ce qui nous amène au point 3.
3/ Centraliser les contenus
Pendant des années, j’ai fait ma veille sans réelle organisation et surtout, sans avoir construit un espace dédié dans lequel classer tous les contenus que je suis.
J’ai longtemps utilisé l’outil « Pocket » qui a disparu cet été (paix à son âme). Il a donc fallu que je trouve un autre moyen de centraliser mes ressources pour ma veille.
Depuis plusieurs mois, j’utilise Notion et l’extension « Save to Notion ». J’ai construit un tableau qui me permet de répertorier mes contenus et de les ranger par sujet, par format (podcast, article, newsletter etc). Quand un contenu m’intéresse, il me suffit de 2 clics pour l’ajouter au tableau.
Dans mon cas, comme j’ai aussi des obligations en tant qu’organisme de formation certifié Qualiopi, ça me permet de faire « d’une pierre 2 coups ». Je peux ajouter des commentaires, des actions à faire, les preuves que j’ai utilisé concrètement tel ou tel contenu.
Ensuite, 1 à 2 fois par semaine, je fais le point sur les ressources que j’ai mises de côté, en ajoutant des tags, des notes persos, des actions etc. Et parfois, je supprime finalement des contenus qui ne m’inspirent plus.

Ce n’est sans doute pas optimisé (je ne suis pas une pro de Notion), mais ça convient bien à mon organisation.
Dans tous les cas, cherchez à centraliser vos contenus pour les retrouver facilement. Ça peut être un tableau Excel, une page de notes dans votre ordi, des dossiers dans vos favoris…
Ah et j’ai aussi pris le temps de lister toutes les ressources que j’ai utilisées (et que j’utilise encore) pour entretenir ma culture tech. Cette liste est en libre accès ici et je l’enrichis régulièrement.
4/ Définir ses priorités
Tout n’a pas la même importance. La veille peut être chronophage alors autant que ce soit vraiment utile.
Pour ça, vous avez besoin de prioriser les sujets sur lesquels vous allez faire de la veille. Et vos priorités peuvent évoluer en fonction de l’actualité, de vos projets en cours ou des domaines dans lequels vous voulez progresser.
Déjà, je vous conseille de découper votre veille par « période ». De mon côté, quasiment chaque semaine, je choisis 1 ou 2 sujets prioritaires qui vont me permettre de sélectionner les contenus qui m’intéressent. Et à côté, je liste quelques sujets (3 ou 4 maxi) qui me semblent pertinents mais pas urgents ni indispensables.
Par exemple, si j’anime une formation « Culture tech » le jeudi, ma priorité c’est faire le tour de l’actualité tech en début de semaine. Comme ça, j’arrive en formation sereine, en sachant que s’il y a des questions sur un sujet d’actualité, je ne serai pas larguée. Et en plus, je pourrai partager des ressources avec mes stagiaires.
Si ma semaine est très chargée, je ne me mets pas de pression inutile, je ne fais que la veille sur les sujets indispensables. Si j’ai un peu de temps, alors je regarde dans les sujets « autres ». D’ailleurs parfois, je mets de côté des ressources qui me servent plutôt à renforcer ma culture générale, pas uniquement dans mes domaines de prédilictions. Je pense que c’est important de rester ouverts à d’autres sujets et de s’en nourrir pour alimenter nos pratiques quotidiennes.
Et à mon avis, c’est valable pour tous les métiers.
5/ Accepter de rater des choses
C’est peut-être le conseil le plus libérateur. Mais c’est difficile à appliquer parce qu’on peut tous avoir peur de « rater une info ».
J’ai vraiment réussi à lâcher prise sur ce point là en début d’année. J’ai eu une très grosse grippe qui m’a obligée à faire le stricte nécessaire. Pendant cette période, j’ai vraiment réduit ma veille à l’essentiel. Et il ne s’est rien passé de grave!
Mais en réalité, quand une info est vraiment importante, elle finit toujours par revenir : si un sujet prend de l’ampleur, vous le verrez passer plusieurs fois, dans différentes sources, sous différents formats.
Faire de la veille ne doit pas devenir une injonction supplémentaire, on en a déjà suffisament. Personne ne peut tout lire, tout écouter, tout regarder. Et lâcher prise permet justement de se concentrer sur ce qui est important.
Concrètement, ça veut dire que je n’ai plus peur de supprimer mon abonnement à une newsletter que je ne lis plus. Que je ne me force pas à lire un article ou à écouter un podcast jusqu’au bout si je suis fatiguée ou que j’ai envie de faire autre chose.
J’ai compris que mon temps et mon attention sont des ressources précieuses que je ne veux pas épuiser inutilement.
6/ Quelques conseils bonus
- Identifiez les formats qui vous plaisent le plus : je suis une grosse consommatrice de podcasts, mais je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde. J’aime écouter parce que ça me permet de faire autre chose en même temps (cuisiner, ranger, faire du sport). Mais j’aime aussi lire des articles quand j’ai un peu plus de temps devant moi. Par contre, je ne suis pas une grande fan de vidéo parce que ça me demande plus d’attention. C’est le format que je privilégie si je veux regarder un tuto en ligne.
- Prenez de quoi écrire (ou enregistrer des notes vocales): pour noter une idée, le nom d’un outil, une punchline que vous souhaitez garder en tête ou réutiliser. Je ne le fais pas systématiquement, mais prendre des notes m’aide à garder une trace et à mieux enregistrer les infos.
- Utilisez l’IA intelligemment: quand je tombe sur un livre blanc, une étude, un article long, je demande souvent à une IA générative (ChatGPT chez moi) de m’en faire un résumé. Ça me permet de voir si je veux creuser le sujet et prendre le temps de lire une ressource en entier.
- Faites votre veille en équipe: si vous êtes salarié(e) et que vous êtes au moins 2, répartissez-vous les sujets et réalisez votre veille ensemble. C’est moins contraignant et ça donne un objectif. Si vous êtes seul(e), vous pouvez partager vos découvertes sur LinkedIn. C’est ce que je fais quasiment tous les dimanches matins où je partage une sélection des contenus que j’ai trouvé intéressants dans la semaine. Un exemple ici.
- Choisissez quelques livres pour l’année: j’aime les livres, mais ça représente un certain budget (et ça demande du temps « long » pour les lire et en profiter vraiment). Alors environ une fois par trimestre, je fais une liste des livres « pros » que je veux lire et j’en lis environ 1 par mois. J’ai fait un article sur les 3 derniers livres « Recrutement » que j’ai lus : « Le recrutement ne s’improvise pas« , « Permis de recruter » et « Recrutement sous influence« . Bon par contre, je n’ai pas du tout la même démarche avec les romans 😅(mais je les achète en général, en seconde main).
Conclusion
Je sais que parfois, la veille devient une case à cocher de plus dans une to-do list souvent interminable.
Mais en la structurant un minimum (avec des créneaux dédiés, des sources choisies, un espace centralisé et quelques priorités) elle redevient ce qu’elle devrait toujours être: un moment pour apprendre, réfléchir et nourrir vos pratiques.
Et n’oubliez pas qu’il n’y a rien de grave à rater une info, la Terre continuera de tourner.